Guy Giard
Depuis bientôt vingt années je travaille sur la question de l'individu : déjà en 1985 je peignais des portraits des sans-abri ainsi que des tableaux de critiques sociales.
En 1991-1992 avec la série d'installation The Family Show I - IV ( Régina, Windsor, Peterborough et Montréal ) je questionnais les liens à l'intérieur de la vie familiale : la famille comme un lieu de
socialisation et unité formatrice de notre individualité, posant la question de l'apport de l'éducation familiale et des 'traces' ainsi laissées sur l'individu. C'est dans le cadre de cette série que j'ai réalisé ma première vidéo : 'I remember when' exposé à Amsterdam (Pays-Bas, 1990) et à Régina.
En 1993 avec De l'autre côté d'un pont, je traitais du déracinement et de l'aliénation de l'individu résultant de la violence chez les personnes ayant vécus des abus sexuel, les réfugiés de répressions politiques et les autochtones dépossédés de leurs droits ancestraux. Ces expériences amenant une quête d'identité et résultant en la création de nouveaux liens sociaux souvent interculturels et intergénérationels.
En 1999 avec Le Lavoir j'ai exploré les liens entre l'individu et sa
communauté dans l'arrondissement du Sud-Ouest de Montréal. Pour cette installation multimédia j'ai construis un lavoir avec interactions sonores et des projections. Sur une centaine de coussins, créées par des élèves d'un centre en design textile du quartier, se retrouvaient écrite des histoires recueillies par entrevues dans différents clubs d'âge d'or. Des rencontres musicales réunissant historiens et musiciens des différents quartiers de cet arrondissement ont ponctué cette installation.
Ces événements ont éveillé chez le public des souvenirs et expériences personnelles qu'ils ont par la suite échangé.
À l'été 2002 j'ai présenté trois projets : - Le bateau
Civa-l'Espérance : un bateau-sculpture de 7 mètres construit le long des rives du Canal Lachine. Celui-ci était recouvert de peintures exécutées par des artistes avec des déficiences physiques, et par ce fait questionnait l'idée même de déficience et de sa perception chez l'autre. - Angélique 1734 : une installation sur la présence d'esclaves africains etautochtones au Québec au XVIIe et XVIIIe siècles. Accompagnée de spectacles de musiques, de danses, ainsi que de conférences avec des écrivains et
historiens, cette oeuvre confronte l'individu avec son histoire. Elle soulève le concept de la liberté, du maître et de l'exploitation de l'individu comme esclave. Un site internet multilingue perpétue en texte et image dynamique javascript cette exposition. (www.angelique1734.fr.fm
La traversée de l'imaginaire : Le troisième projet est une oeuvre
internet conçu dans le cadre de l'exposition. Une traversée de
l'Imaginaire de la maison de la culture Marie-Uguay. Elle propose un voyage en temps réel à travers les canaux fluviaux du monde par l'entremise des webcams situées dans multiples fuseaux horaires. L'intention était ainsi de positionner l'individu à une échelle planétaire, faisant l'expérience simultanée du jour et de la nuit sur différents continents. Une trame sonore accompagne les images. (www.guygiard.fr.fm)
En 2003 j'ai produit une deuxième vidéo : 'Me suis-tu ?' dont vous
avez actuellement le premier chapitre 'Tu comprends rien!'.
En 2004 j'ai réalisé 12 vidéos : 'Angélique 1734 - Haïti 2004 :
l'histoire des Maîtres'. Pour cette dernière réalisation j'ai interviewé une cinquantaine de chercheurs ainsi que des membres de la communauté haïtienne de Montréal afin qu'ils me racontent leur histoire d'Haïti, l'année 2004 étant le bicentenaire de son indépendance. Comment se perçoivent-ils et se positionnent-ils vis-à-vis de leur histoire ? Quelle lecture en font-ils? Les vidéos combinaient les entrevues avec des extraits de films d'archives, de musiques et de poésies sur différentes
thématiques entourant l'esclavage autant au passé qu'au présent. Des conférences sont venues compléter cette installation.
Pour 2005 c'est la série d'installation-vidéo 'Me suis-tu ?' que je
poursuis. Qu'est-ce que l'individualité ? À quels moments sommes-nous authentique et unique ? Est-ce possible ? Ou bien sommes-nous qu'un assemblage de conventions sociales acquis par les interactions avec les autres membres de la société à laquelle nous appartenons ?
Ainsi j'aborde dans ces vidéos différentes attitudes conventionnelles qui nous entourent. Parmi les thèmes des chapitres que j'explore se retrouvent :'les sacres', 'les déclarations amoureuses', 'les silences et regards de jugement', et 'les rires' Les personnages y sont présentés sous forme directe, de style 'caméra réalité' : sans artifice et avec économie de moyen. Avec humour et dérision j'expose certains comportements automatiques par lesquels on catégorise souvent l'autre mais rarement
soi-même.
Le personnage de la vidéo que l'on aborde ainsi comme un autre devient vite un miroir qui me reflète et me dérange. Il est auto-référentiel car l'autre est alors moi, d'où le titre à double sens : 'Me suis-tu ?' qui devient alors 'Es-tu moi?' au lieu de l'habituel : 'Est-ce que tu me comprends ?'. Ma démarche est d'en arriver à une remise en question de l'individu. Celle-ci se fait par une prise de conscience de son moi en secouant et ébranlant ses certitudes. Par l'absurdité et la répétition je dénonce ce qu'on croyait être authentique et spontané et qui, en fait, n'est que conventions sociales. Comme dirait Diogène de l'école cynique c'est : « En se reprochant fortement à soi-même ce que l'on reproche aux autres. » qu'on peut devenir maître de soi.






