Guy Laramée

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Province:  Québec
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Déclaration 

D'abord compositeur (musique contemporaine: microtonalité et musique gestuelle), le travail avec les instruments inventés m'a conduit chez les danseurs puis au théâtre et aujourd'hui dans le champ des arts visuels.

Par le néo-primitivisme (TUYO : Ensemble de musique microtonale et gestuelle sur instruments inventés, 1987-91; Les Éléphants sont venus mourir ici, musique gestuelle pour 6 danseurs,1986), j'ai cherché à me retirer des idéologies du progrès et de l'idée de civilisation (au sens ou on l'entend en Occident: une sédimentation de processus évolutifs). Dans Théorie du désert (1991, un opéra racontant la fin des mots), j'ai cherché la musique du silence. Ce retrait m'a conduit à abandonner le métier de compositeur, et la musique comme médium principal. Ce retrait s'est poursuivi au niveau discursif, dans le film CrystalKey Bee (l'abeille qui, dégoûtée du miel des mots, tente de fuir les fleurs de la pensée, 1997). Avec Marche de nuit (spectacle dans le noir, Musée d'art contemporain de Montréal, 1994-96), j'ai voulu que la noirceur et la divination informent l'il et l'imagination sur le comment de la perception. Dans Quelle belle journée pour mourir! (1997), puis dans Jardins de
moisissure (2000), j'ai voulu explorer la frontière ambiguë entre la vie et la mort, là précisément où la mort redevient vie; et c'est avec cette exploration de l'ultime obsolescence que je me suis retiré de la représentation conçue sur le mode scénique. C'est aujourd'hui Biblios : Le dernier livre (2001-6) qui devient le creuset où sont fondues mes quiétudes et inquiétudes : la durée, l'immobilité, l'impatience. Je ressent
aujourd'hui le besoin d'examiner le paradoxe continuité-changement par l'autre bout de la lorgnette. Au lieu de chercher la continuité dans le changement (arts en mouvement), je cherche le changement dans la continuité (arts de l'immobile). Je cherche à voir l'animé dans l'inanimé. J'espère ainsi me rapprocher un peu plus du but : « m'enlever moi-même ». S'enlever soi-même, quel beau paradoxe ! Car le retrait ultime, c'est celui-là, n'est-ce pas ?

La thématique qui traverse toute ma démarche est sans nul doute celle de la « présence ». En début de carrière - comme compositeur - j'ai exploré cette thématique par la division de l'attention entre des discours simultanés, principalement dans les polyrythmes à plusieurs niveaux. Mais très tôt, j'en
suis venu à privilégier deux stratégies: le retrait et la mise en obsolescence. Le retrait est pour moi une manière d'acquiescer au pouvoir générateur du vide. Le retrait s'est effectué dans mon cas sur le mode de l'interculturel et de l'interdisciplinarité - qui n'est autre chose pour
moi que le voyage « entre » les cultures artistiques. Ce passage d'une culture à l'autre se fait rarement sans heurts, car lorsqu'on a « culture » on a souvent « territoire » et qui dit territoire dit protection. Or en révélant les mécanismes de mise en obsolescence -modernistes et autres - je questionne le principe de nouveauté - un des mécanismes de protection du territoire disciplinaire - et je replace le « nouveau » dans l'expérience. En creusant les racines du paradoxe continuité-changement, je tente d'explorer les différents modes de la présences ainsi que les divers espaces-temps qui leur sont associés. Si la conscience se définit comme une ek-stase (Sartre), ma démarche va de l'ek-stase à l'en-stase.

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